« La fenêtre intelligente, une alternative aux VMC »

Ralph Baden, expert en construction saine et en qualité de l’air intérieur au Ministère de l’Environnement, du Climat et développement durable au Luxembourg, était présent lors de la conférence de presse « Pré-batimat » organisée par l’entreprise Wicona. L’occasion de dresser avec lui un état des lieux sur la qualité de l’air intérieur en Europe et de voir le rôle des fenêtres pour l’améliorer.

Y a-t-il un pays plus avancé en matière de qualité de l’air intérieur ?

La problématique est la même partout : mêmes matériaux utilisés, mêmes types de labels (bien que ce soit difficile de les harmoniser), mêmes polluants et des concentrations de pollution sensiblement identiques quel que soit le pays. En fonction des climats, ce sont juste les expositions à cette pollution qui diffèrent. Les portugais passant plus de temps à l’extérieur que des finlandais, ils ne sont pas autant exposés.

La différence va se faire dans l’analyse de cette qualité de l’air. Sur ce point,  les plus avancés techniquement sont les allemands. Ils couvrent un spectre de polluants plus large que la majorité des pays. Ils ont fait le choix d’avoir une approche empirique en recherchant d’abord tous les polluants puis à analyser par la suite leur nocivité. Une autre approche, celle de la France par exemple, consiste à se focaliser uniquement sur les polluants dont la nocivité a été avérée. C’est une solution moins chère et moins compliquée mais qui a toujours un temps de retard. Surtout dans le bâtiment qui est un secteur qui évolue vite. L’avantage de l’approche allemande est d’être plus ouverte et plus dynamique. Le problème en Allemagne c’est que ces analyses de la qualité de l’air ne se sont pas du ressort de l’Etat mais  à la charge des propriétaires et occupants du bâtiment. La qualité de l’air devient donc un privilège pour les plus riches. Pour éviter cet écueil, au Luxembourg, c’est le gouvernement qui mène ces analyses en partenariat avec des laboratoires.  

Est-ce que des initiatives étatiques pourraient servir de modèle d’inspiration ?

Elles sont rares car aujourd’hui les organismes qui constatent les problèmes ne sont pas ceux qui orientent les décisions. C’est en général le Ministère de la Santé qui constate les effets de la QAI sur la santé mais c’est le Ministère de l’écologie qui a le pouvoir sur les critères énergétiques des bâtiments.. Et il y a souvent un manque de communication entre eux.

Les deux initiatives étatiques les plus intéressantes sont outre Atlantique. L’État de la Californie a adopté, en 2005 le rapport « Indoor Air Pollution in California édité par le « California Air Ressources Board » (assembly Bill 1173). Au Canada, le standard R 2000 établit les critères auxquels une maison neuve doit répondre pour être admissible à la certification. Les exigences techniques de R 2000 comprennent des mesures qui visent à favoriser l’utilisation efficace de l’énergie, l’accroissement de la qualité de l’air ambiant et l’amélioration de la responsabilité environnementale liée à la construction d’une maison et à la façon dont on y vit. Depuis 2012, le critère « santé » y a été intégré. S’inspirant de ces modèles, le Luxembourg est en train de finaliser un livre vert pour une construction saine et durable. Ces initiatives sont plus concrètes à mon sens que celles à l’échelle de l’Union européenne où il y a encore trop de freins…

Wicona vous a fait intervenir dans leur conférence « pré-batimat » où la société présente un nouveau volet d’aération naturelle doté d’un système de renouvellement d’air intérieur et une fenêtre respirante VEC. Voyez-vous dans ces innovations des solutions d’avenir pour la qualité de l’air intérieur ?

En dehors des initiatives étatiques, des solutions localisées se déploient de la part d’entreprises privées. Parmi ces solutions, les fenêtres sont intéressantes. Et pas que pour la QAI, la santé de manière générale.

De plus, les études ont montré que la ventilation mécanique contrôlée (VMC) n’est pas toujours bien acceptée par les locataires et salariés. Ces derniers ne bénéficient pas de l’économie d’énergie et ne peuvent pas contrôler eux-mêmes l’aération. On les a déresponsabilisés. Dans des bâtiments ayant des fenêtres sans poignée avec des systèmes de VMC qui fonctionnent très bien, les gens finissent souvent par ajouter une poignée pour ouvrir quand bon leur semble. En outre, le système de bâtiment passif n’est pas suffisant. Dès qu’il y a des odeurs désagréables, la meilleure solution reste d’ouvrir les fenêtres.

La fenêtre doit donc rester ouvrante. Mais plus elle est ouverte longtemps plus on perd de l’énergie. En Autriche et en Allemagne, il existe un système de signalisation qui fait le monitoring en fonction de l’humidité et du taux de CO2. Le voyant s’allume rouge dès qu’il faut ouvrir la fenêtre puis la refermer. Faut-il encore que l’occupant exécute. Le système flap antipollution de Wicona va plus loin : il est à la fois le cerveau et la main qui exécute. Lorsque le niveau de qualité d’air intérieur est insuffisant, un capteur transmet l’information au système de GTB. Une commande est envoyée au flap antipollution. La toile filtrante s’abaisse automatiquement, puis l’ouvrant de ventilation s’ouvre via la motorisation intégrée. Et inversement, lorsque la qualité d’air intérieur est suffisante.

Les fenêtres intelligentes pourraient-elles remplacer les VMC ?

Elles peuvent s’avérer être des alternatives selon les situations. Dans certains bâtiments passifs, les VMC ne suffisent pas ou sont eux-mêmes une source de pollution par les matériaux utilisés, leur emplacement ou encore leur manque de maintenance. Dans la rénovation, mettre une VMC n’est pas toujours possible non plus (coûts, etc…). Par ailleurs, les VMC sont conçues pour un volume de pièce donné mais pas en fonction du nombre de personnes. Or c’est un critère important surtout dans des conditions extrêmes (forte activité, canicule…). Enfin, pour des raisons de sécurité : dans certaines écoles luxembourgeoises par exemple, il n’y a plus de poignées aux fenêtres (risque de défenestration) mais les enseignants n’ont pas le contrôle de la climatisation. Dans les 30 minutes, le seuil de CO2 devient limite et impacte les performances cognitives des enfants… Dans tous ces cas, les smart windows apporteraient effectivement une réponse. Sans parler de remplacement, c’est une solution combinée pertinente.

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