Verrière de l’Hôtel de la Marine, « un cristal de lumière »

Une verrière transparente réfléchissant la lumière « à la manière d’un lustre ou d’un diamant » et illuminant une cour intérieure de 300 m2. Cette création de l’architecte Hugh Dutton devrait bientôt orner l’œuvre architecturale du XVIIIème siècle d’Ange-Jacques Gabriel, l’Hôtel de la Marine. Le Centre des monuments nationaux (CMN), gestionnaire de cet hôtel depuis le départ de la Marine en 2015, a lancé  une grande campagne de restauration et d’aménagement afin d’ouvrir ce monument au public au printemps 2020. Technic’ baie a rencontré Hugh Dutton et sa collaboratrice Laya Hermelin pour qu’ils nous expliquent leur œuvre en cours.

Comment vous est venue l’idée d’installer une verrière entre deux étages et de lui donner la forme de pyramide éclatée réfléchissant la lumière à la manière d’un lustre ou d’un diamant ?

Laya Hermelin : On nous a commandé cette verrière pour couvrir les visiteurs lorsqu’ils attendront à la billetterie dans la cour de l’Intendant entre le 2e et 3e étage de l’hôtel. Ce dernier étage ayant été ajouté au XIXe siècle, la verrière, en le cachant, redonnera le volume initial de la cour du XVIIIe siècle.

Cet étage a en outre assombri la cour, déjà petite et profonde, on a donc voulu lui apporter de la lumière. L’objectif est d’accompagner chaque rayon du soleil : on va donc mettre de grands miroirs au-dessus de la verrière pour que même les rayons rasants s’y reflètent. Il y aura une couche protectrice au vitrage simple aux grandes dimensions ainsi que des câbles en dessous pour maintenir la verrière tout en transparence. On s’affranchit des structures opaques. Il y aura des poutres pour maintenir la structure mais toutes seront revêtues de miroirs. La lumière sera ainsi réfléchie et on ne verra pas ces poutres noires en contre-jour. Pour l’esthétisme, le cabinet veut un effet contemporain. D’où l’idée d’une forme de pyramide éclatée avec 4 axes grands triangles et deux grandes fentes vitrées.

Hugh Dutton : Pour faire entrer la lumière dans cette cour sombre, nous voulions donc de multiples facettes pour réfléchir au maximum les rayons du soleil en les projetant sur le sol. C’est en sortant un jour du métro que j’ai visualisé exactement la vibration de lumière que je souhaitais reproduire dans cette cour. Les rayons du soleil se réfléchissaient sur les céramiques d’un mur et on voyait cette transition du passage du tunnel noir vers la lumière.  D’où l’idée de s’inspirer des lustres, des diamants et surtout de la pyramide inversée du Louvre à laquelle j’ai eu la chance de participer pour Peter Rice et Pei. Cette forme capte le reflet du ciel et la disperse comme un cristal de lumière aux espaces souterrains.

L’autre critère c’était d’avoir un axe au milieu, une centralité et ce centre devait être vide. Il y a une référence au Panthéon Romain, où le trou central donne la connexion avec le ciel tout en définissant un espace dessous. Enfin, la forme choisie devait permettre un écoulement des eaux.  Quatre pentes pyramidales étaient parfaites pour répondre à tous ces critères.

Quels types de verre allez-vous utiliser ?

H. D. : Pour la verrière elle-même, du verre extra blanc purifié avec très peu d’oxyde de fer, permettant une transmission de lumière à 98% et qui ne change quasiment pas la couleur de ce que l’on voit. Il a une très faible coloration. Mais je ne veux pas d’un effet kaléidoscope. Pour adoucir la lumière du soleil comme un « nuage », on va ajouter des lamelles d’un verre plus opaque en dessous de la verrière qui vont brouiller l’image de la structure. Ces lamelles auront donc un côté réfléchissant et l’autre sera dépoli pour un aspect plus diffus. Résultat pour la fin de l’année !

Hugh Dutton retrace son parcours et son lien avec le verre au prochain numéro de Technic’baie en avril 2019.

L’équipe HDA pour l’ Hôtel de la Marine :
Laya Hermelin, Architecte et Ingénieure, chef de projet
Maria-Angela Corsi – Architecte
Riccardo Perna – Ingénieur
Rafael Silveira – Dessinateur et Technicien

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