En option, le fabricant Soprofen propose de renforcer le caractère retardateur à l’effraction de ses volets par des verrous ou lames rigides. © Soprofen
En option, le fabricant Soprofen propose de renforcer le caractère retardateur à l’effraction de ses volets par des verrous ou lames rigides.
Pour répondre de manière homogène à la demande de plus en plus forte de protection contre l’effraction et l’intrusion, les fabricants de portes, de fenêtres et de volets ont fait évoluer leurs produits pour proposer des dispositifs de sécurité destinés à l’ensemble des accès du logement. Ils complètent leur offre par des solutions connectées à des systèmes d’alarme et de télésurveillance.

Le marché des équipements de sécurité anti-effraction et intrusion dédiés à l’habitat se porte bien. C’est ce que confirment les données des fabricants de portes, de fenêtres et de volets. La progression des ventes concerne l’ensemble des dispositifs de protection, qu’ils soient mécaniques ou électroniques, mais est particulièrement visible dans le secteur de la télésurveillance, où le taux de croissance avoisine les 10 % par an depuis plusieurs années*. Pour cause, la sécurité de leur famille et de leur domicile reste une préoccupation forte des particuliers.

Selon le baromètre A2P de la Protection contre les cambriolages (édition 2022), le risque de cambriolage et d’effraction est la première crainte des Français lorsqu’on les interroge sur la sécurité de leur logement*. Il arrive devant le risque d’incendie, de dégâts des eaux et d’accident domestique. « Si 84 % des personnes se disent préoccupées par le risque d’intrusion, ils ne sont que deux Français sur 10 à juger leur équipement très efficace pour empêcher un cambriolage, ce qui est un peu contradictoire. L’étude montre cependant que la sensibilisation au risque est plus grande chez les victimes d’une tentative d’effraction ou d’un cambriolage. Parmi elles, 56 % ont installé au moins un dispositif de protection de leur domicile », relève Harold Mazila, ingénieur Certification Sûreté Malveillance chez CNPP Cert.

La prévention de l’intrusion et du vol représente également un important volet des contrats d’assurance habitation, qui requièrent la mise en place d’un certain nombre de dispositifs de protection. Les exigences varient d’une compagnie d’assurances à l’autre, certains assureurs pouvant reconnaître le caractère retardateur d’effraction de certaines fermetures quand d’autres préfèrent l’ignorer. Pour autant, elles s’appuient sur des critères communs, comme la nature de la résidence, principale ou secondaire, sa localisation (rez-de-chaussée, premier étage, etc.) ou le montant du capital à assurer - les dispositifs à mettre en place n’étant pas les mêmes selon que le contrat couvre par exemple 1 000 ou 100 000 euros de biens.

La certification A2P, délivrée par le CNPP Cert., garantit la performance des dispositifs mécaniques de protection que sont les serrures de sécurité, les blocs portes, les fenêtres et volets roulants et les portes de garage. Elle fait l’objet d’une démarche volontaire de la part des fabricants. Pour obtenir la certification, un produit doit passer une batterie d’essais en laboratoire. Les sites de production doivent en outre être régulièrement audités pour s’assurer que les produits fabriqués en série sont les mêmes que ceux testés. Un produit certifié est identifiable par son marquage.

Bien qu’il existe d’autres certifications européennes, la certification A2P est aujourd’hui la plus utilisée en France. Parmi les fabricants y ayant recours figurent 25 titulaires de serrures de sécurité certifiées (niveau 1, 2 ou 3 étoiles) et 38 titulaires de blocs-portes certifiés (BP1, 2 ou 3). Les fabricants de fenêtres et fermetures du bâtiment sont nettement moins représentés. « La demande de sécurité est moins importante sur ce type de produits et leur choix se fait davantage sur des critères d’énergie, de confort ou d’acoustique. Il ne faut pourtant pas oublier que si 60 % des cambriolages ou tentatives de cambriolage se font par la porte, 40 % passent par les fenêtres ou les portes de garage », rappelle Harold Mazila, ingénieur Certification Sûreté Malveillance chez CNPP Cert.

Depuis 2018, le CNPP Cert. a intégré les serrures connectées au périmètre de la certification. Le marquage A2P@ porte essentiellement sur les serrures connectées et non les blocs portes, la connexion se faisant aujourd’hui par le biais de la serrure. En plus d’être soumises à des essais mécaniques destructifs, les serrures connectées subissent des cyberattaques pour vérifier leur efficacité.

À l’instar des équipements de protection mécanique, les produits électroniques de sécurité ont aussi leur certification. Il s’agit de la marque NF&A2P (un à trois boucliers), délivrée conjointement par CNPP Cert. et l’Afnor, qui supervise les produits de détection de l’intrusion (centrales d’alarme et détecteurs associés), les dispositifs d’avertissement tels que les sirènes et les produits connexes comme le générateur de brouillard. Dans le domaine de la sécurité, il existe enfin des certifications des services (installation et maintenance) et de télésurveillance. Connues sous la marque APSAD, elles sont également délivrées par CNPP Cert. et l’Afnor. Cette démarche permet de valider le fonctionnement des solutions de sécurité mis en œuvre par les installeurs et la continuité de service des stations de télésurveillance.

En savoir plus A2p, https://a2p-certification.org/ APSAD, https://www.cnpp.com/tester-certifier/ certifier-prestations-service-apsad-surete

Une préoccupation forte des particuliers

Parmi les solutions présentes sur le marché, les systèmes de protection mécaniques sont conçus pour empêcher ou retarder l’introduction d’un intrus à l’intérieur d’une maison ou d’un appartement. Ils s’adressent à l’ensemble des accès possibles, portes, fenêtres et garage.

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© Doitrand
La robustesse de la porte DBM05 de Doitrand tient à son verrouillage quatre points, assuré en partie basse par deux chaînes industrielles résistantes à une traction de 3 t et en partie haute par l'engagement des galets au niveau des rails courbes.

Au niveau de la porte d’entrée, les solutions de protection vont de la serrure de sécurité à la porte blindée, en passant par la serrure connectée. Serrures mécaniques et portes blindées sont des dispositifs qui ont fait leur preuve dans l’habitat individuel et collectif. À noter que les portes blindées sont davantage utilisées dans les immeubles collectifs que dans les maisons, la porte d’entrée étant souvent le seul accès possible d’un appartement.

L’offre de serrures et de blocs portes sécurisés est relativement large. Pour autant, tous les produits ne permettent pas de prétendre au même niveau de protection. Un sujet qu’Harold Mazila, travaillant pour CNPP Cert., l’organisme délivrant la certification A2P pour ce type de produits (voir encadré), connaît bien. « Dans le cadre des essais en laboratoire, nous nous apercevons qu’une serrure multipoint peut très bien résister à l’effraction mais qu’elle peut aussi céder. Que les serrures soient mono-point ou qu’elles en aient trois, cinq ou sept, c’est le résultat qui compte. Cet aspect n’est pourtant pas toujours pris en compte par les assureurs, qui exigent parfois dans leurs contrats la mise en place d’un certain type de solution, par exemple un certain nombre de points de verrouillage. L’expérience montre qu’il faudrait demander que les serrures répondent à un référentiel de sécurité spécifique ou qu’elles fassent l’objet d’une certification ».

Cela est également vrai pour les portes blindées comme pour les serrures connectées, apparues récemment sur le marché. Permettant d’ouvrir ou de fermer une porte à distance via un téléphone portable ou un ordinateur, ces dernières offrent de nouvelles fonctionnalités qui séduisent de plus en plus de particuliers. Elles trouvent notamment leur intérêt lorsqu’il s’agit de gérer l’accès à une location saisonnière ou d’autoriser ponctuellement l’entrée au domicile d’une personne venant faire des travaux, d’une femme de ménage ou d’une baby-sitter. Par rapport à une serrure classique, la serrure connectée doit être en mesure de résister à la fois à des attaques mécaniques et à des attaques numériques. Bien qu’elle nécessite des garanties de fiabilité de la part du constructeur, la protection assurée par une serrure connectée est aujourd’hui reconnue par nombre de compagnies d’assurances. Pour autant, comme le remarque Caroline Bruzac, directrice des Solutions d’Assurance Clients Particuliers chez l’assureur Generali, « la présence d’une serrure connectée peut parfois complexifier l’instruction d’un sinistre s’il est difficile d’apporter la justification et la matérialisation de l’effraction. Une serrure multipoint cassée, cela se voit tout de suite. Une serrure connectée qui a été piratée, c’est moins évident ».

État des lieux des cambriolages

La Statistique publique (SSMSI et Insee) fait état de 211 400 cambriolages ou tentatives d'effraction de logements enregistrés en 2022 en France (hors Mayotte), par les services de police et de gendarmerie*. Soit quelque 580 infractions par jour. Le taux moyen de cambriolages ou de tentatives d'effraction est quant à lui de 5,8 pour 1 000 logements. Un chiffre qui varie fortement d'une commune à l'autre, les communes situées dans des zones urbaines denses étant notamment plus sujettes à risque que les communes en territoire rural périurbain (1,4 cambriolage de plus pour 1 000 logements).

* Ministère de l'intérieur, https://www.interieur.gouv.fr/ Interstats/Themes/Infractions/Cambriolages/ Publications-de-la-Statistique-publique-SSMSI-et-Insee-sur-letheme-des-cambriolages

Des équipements mécaniques dédiés

Des dispositifs de sécurité mécaniques existent également pour les fenêtres, portes de service et portes de garage. Leur installation passe souvent après la sécurisation de la porte d’entrée. Rappelons pourtant que si cette dernière reste le principal accès choisi par les cambrioleurs (53 % des cas en appartement, 35 % en maison**), ce sont 40 % des effractions ou intrusions qui se font par les autres voies.

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© Baumann Hüppe
Le BSO Protal de Baumann Hüppe a passé un test au CSTB certifiant qu'il atteint le niveau maximal de la norme EN 13 659 du point de vue de la résistance au soulèvement.

Au niveau de la fenêtre, la sécurité peut être assurée par la fenêtre seule, à condition que sa conception globale soit adaptée. Pour prétendre à un haut degré de retard à l’effraction, celle-ci doit disposer d’un châssis renforcé, de plusieurs points de verrouillage et d’un vitrage de sécurité, type verre feuilleté 44-2, SP510 ou SP10. Cela en fait un produit plus onéreux qu’une fenêtre classique, ce qui explique son utilisation restreinte dans l’habitat. La sécurisation traditionnelle des fenêtres se fait via des volets, des barreaux, des grilles ou des ornements, pour lesquels les assureurs exigent une fixation par scellement, rivetage et une absence de possibilité de démontage depuis l’extérieur. Comme le remarque Renaud Pfalzgraf, directeur marketing et communication de Soprofen, « un volet reste un complément de la fenêtre sur le plan de la sécurité. Il empêche avant tout les personnes malveillantes de voir à l’intérieur mais il n’est en aucun cas un organe de sécurité infranchissable ». Quelques fabricants menuisiers proposent toutefois des volets roulants dits de sécurité qui ont une résistance accrue à l’effraction. « Nous installons des attaches rigides au niveau du tube du volet roulant qui bloquent le tablier en partie basse et rendent sa remontée plus difficile en cas de tentative d’effraction. Une autre disposition consiste à utiliser des lames renforcées par injection de résine. Dans le cadre de notre gamme Confort Design Sécurité, le moteur du volet roulant fait office de détecteur d’ouverture. Il s’agit d’une motorisation spécifique Delta Dore qui est connectée à une centrale d’alarme », détaille Marc Rische, responsable formations chez Lakal

Des brise-soleil retardateurs d’effraction

Au même titre qu’un volet classique, certaines protections solaires peuvent tenir lieu de retardateur d’effraction. Il en va ainsi des brise-soleil tout métal, qui ont la particularité de ne plus avoir de cordons de relevage et d’orientation mais des mécanismes intégrés dans les coulisses et fonctionnant par un système de chaîne et de pantographe. Une évolution concerne leur récente reconnaissance par les compagnies d’assurances. « Il y a une dizaine d’années, si l’on ne mettait pas de volet mais un BSO ou un store devant une fenêtre, la majorité des assureurs exigeait d’avoir en plus un vitrage de sécurité. Cela n’est plus systématique aujourd’hui. Le renforcement de la réglementation sur les aspects de thermique et de confort d’été a changé la donne et les compagnies d’assurances ont fait évoluer leurs cahiers des charges », constate Stéphane Ehret, directeur de Baumann Hüppe France. Après des essais réalisés au CSTB selon la norme EN 13 659, le fabricant a d’ailleurs obtenu la confirmation que son BSO tout métal, le Protal, avait atteint la classe maximale (niveau 2) en termes de résistance au soulèvement. Le produit, équipé d’un système anti-relevage en toute position, a résisté, lames fermées, à une pression à la remontée de plus de 40 kg.

Dans le cas de la porte de garage, les solutions anti-effraction certifiées A2P combinent parois renforcées, systèmes anti-arrachage et anti-soulèvement, verrouillage performant et télécommande sécurisée. Elles ne sont propoproposéessées que par une petite poignée de fabricants tels que France Fermetures, Gypass, Point Fort et Feldmann. Certains fabricants comme Soprofen mettent en avant un premier niveau anti-effraction intégré au niveau de la motorisation de la porte de garage afin que le moteur s’arrête en cas de tentative de soulèvement. Ils offrent également de traiter le portillon de la porte de garage, lorsqu’il existe, avec des serrures à points. Pour autant, chez la plupart des constructeurs, une sécurité plus élevée demeure optionnelle avec des possibilités de verrouillage en applique ou en partie basse, de barres de sécurité, de systèmes anti-dégondage des panneaux couplés à des rails ou encore d’alarmes reliées à la domotique. « Ce sont des dispositifs qui protègent relativement bien mais il faut reconnaître qu’ils sont assez peu vendus aujourd’hui », note Renaud Pfalzgraf.

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© Lakal
La gamme de volets roulants Confort Design Sécurité de Lakal peut être intégrée à l’environnement domotique de la maison via l’application Tydom de Delta Dore pour protéger à la fois contre le risque d’intrusion et le risque d’incendie.

Dans le domaine des portes automatiques pour le collectif, Philippe Durand, responsable technique chez Doitrand, observe quant à lui une hausse des demandes de solutions résistantes à l’intrusion. Prescrite notamment dans des résidences HLM situées dans des zones sensibles, la nouvelle version de la porte DBM05 de Doitrand se distingue par la robustesse de sa structure et de son verrouillage quatre points. Celui-ci est réalisé en partie basse avec des chaînes industrielles et en partie haute par engagement des galets dans des courbes. Pour freiner la sortie d’un intrus, la position de la porte est surveillée en permanence par la carte électronique qui gère l’ouverture de secours et déclenche si nécessaire un contact alarme. Un produit est en cours de certification aux normes anti-effraction.

Succès des alarmes et télésurveillances

Si de nombreuses solutions de sécurisation mécaniques existent pour l’habitat, elles sont complétées par une gamme de plus en plus large de solutions électroniques de sécurité. Celles-ci permettent de détecter via une centrale d’alarme l’intrusion ou sa tentative, d’avertir un proche ou un voisin et de déclencher divers scénarios (déclenchement d’une sirène intérieure ou extérieure, fermeture des volets, etc.). Aujourd’hui, ces solutions séduisent de plus en plus les particuliers, qui ont tendance à les intégrer dans un environnement domotique afin d’être informé en temps réel sur leur smartphone de l’état de sécurité de leur domicile. Les systèmes de télésurveillance et alarme entrent aussi dans le cadre des contrats d’assurance qui offrent une couverture plus élevée au vol, de nombreuses compagnies d’assurances et banques ayant fait le choix de signer des partenariats avec des sociétés spécialisées dans la télésurveillance. Comme en témoigne Caroline Bruzac, « la prévention est clef dans l’approche d’un assureur. Notre objectif n’est pas uniquement de rembourser les sinistres mais également d’accompagner nos clients par rapport à l’ensemble des risques auxquels ils font face. Nous le faisons pour les aléas climatiques comme pour les menaces de vol. C’est pour cela que nous avons renouvelé notre partenariat historique avec Verisure début 2023 afin que nos clients, au moment du choix, puissent se poser la question du dispositif en sachant qu’ils peuvent bénéficier d’une offre privilégiée recommandée par leur assureur ». L’offre de télésurveillance proposée par Verisure et Generali se décline en deux versions, l’une pour la maison, l’autre pour les appartements.

* « Marché de la télésurveillance en France », MSI Report, mai 2023

* Baromètre A2P, https://a2pcertification.org/barometre/ Le risque de cambriolage et d’effraction est la première crainte des Français. Il arrive devant le risque d’incendie, de dégâts des eaux et d’accident domestique. (Source Baromètre A2P de la Protection contre les cambriolages).