La réhabilitation d’un immeuble emblématique de la ville de Marseille représentait un défi majeur : conserver l’architecture d’origine et l’esthétique Art Déco tout en conférant aux lieux un environnement moderne. La restauration des menuiseries, traditionnelles ou contemporaines, a constitué un axe fort du chantier.

Le bâtiment du 40-48 de la rue Saint Ferréol de Marseille en est à sa troisième vie. Il a d’abord accueilli le grand magasin « Aux Dames de France » dès sa construction en 1928 avant d’être racheté en 1985 par le groupe des Galeries Lafayette. Depuis cinq ans, ces dernières ont déménagé au centre commercial du Prado de la cité Phocéenne, et l’immeuble de la rue Saint Ferréol, témoin industriel de la ville, a connu une lourde réhabilitation.

Inaliénabilité du bâtiment

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Légué par testament par le marbrier et sculpteur marseillais Jules Cantini, avec une clause stipulant son « inaliénabilité » et justifiant « son importance patrimoniale et culturelle », le bâtiment a représenté un défi de taille pour le cabinet d’architecture Gautier + Conquet, en charge du projet, dont l’objectif majeur était de conserver l’essence des lieux et de conserver l’aspect Art Déco de la façade, orné de moulures, de lambrequins et de chapiteaux.

L’ancien grand magasin propose aujourd’hui un espace de coworking de 120 postes de travail, 168 appartements, des salles de séminaires, un club de fitness, un restaurant en toit-terrasse et le magasin d’électroménager Boulanger au rez-de-chaussée et premier étage. De nouveaux accès rue ont été créés afin de faciliter la circulation à l’intérieur du bâtiment ; les balcons distinctifs de la typologie des grands magasins ont été abandonnés pour un puits de lumière central. Ce dernier éclaire les façades intérieures du patio, traitées tout en modernité comparée à celles donnant sur rue.

Modélisation 3D pour les pilastres et lambrequins

L’indispensable préservation du style Art Déco de la façade donnant sur rue est en grande partie due au remplacement des anciennes menuiseries et à la réfection des pilastres, des chapiteaux et des lambrequins moulurés. « L’idée était de se conformer au plus près de l’existant », explique Arnaud Merisier, conducteur de travaux du groupe Lorillard, responsable de la restauration des menuiseries et ornements du bâtiment. « Nous avons réalisé une maquette en 3D sur Autocad pour les moulures et les pilastres afin de pouvoir présenter à l’architecte le résultat final. Pour trouver la teinte précise, nous avons réalisé sept témoins muraux afin de définir la couleur la plus poche du bâtiment d’origine. » Entreprise à l’initiative d’Arnaud Merisier, la modélisation a permis de retravailler et d’affiner les détails des ornements, rassurant tous les acteurs du projet : le client, l’architecte et les équipes de Lorillard.

Au final, 185 menuiseries à frappe en bois ont été mises en œuvre sur la façade sur rue pour assurer le remplacement des anciennes fenêtres.

12 mois de travaux à quatre. Le travail sur les menuiseries et les ornements ont été effectués par zone et par niveau, sans coactivité. « Le maître d’œuvre avait au préalable déposé toutes les fenêtres existantes et repris les tableaux en sous-œuvre », détaille Arnaud Merisier, conducteur de travaux du groupe Lorillard. La seule spécificité : la manutention et la maintenance. Un monte-charge a été mis en œuvre au sein du bâtiment afin d’apporter à tous les étages le matériel nécessaire. « La menuiserie bois reste fragile et implique une protection des ouvrages lors de la logistique et des approvisionnements. »

Performances thermique et acoustique

À l’intérieur, sur le patio central, la demande était tout autre, avec un rendu plus contemporain. La solution : la verrière en surplomb du bâtiment et les 110 menuiseries à frappe en aluminium à ouvrant caché, permettant de préserver l’esthétique des lieux. L’aluminium des fenêtres fait écho à la verrière métallique, qui elle-même se reflète dans les vitres en fonction de la luminosité.

« Un travail minutieux de tramage et d’alignement des menuiseries a été réalisé, en cohérence avec le calepinage des pierres des façades du patio afin qu’elles soient parfaitement disposées dans la hauteur des étages », décrit Arnaud Merisier. Bois ou aluminium, les 295 fenêtres posées lors de cette réhabilitation affichent une performance acoustique de 35 dB et un coefficient de transmission thermique Uw de 1,4 W/m2.K.