« Les menuiseries devraient échapper à la loi anti-gaspillage »

Trois questions à Yann de Bénazé, président du syndicat national de l’extrusion plastique (SNEP) et P.-D.G. de la société Profine France sur la loi anti-gaspillage.  

Le projet de loi anti-gaspillage – adopté en première lecture au Sénat le 27 septembre dernier – prévoit la mise en place d’une filière à responsabilité élargie des producteurs (principe du pollueur-payeur) pour les produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment à partir de 2022. Qu’en pensez-vous?

Cette mesure n’a aucun sens pour certaines professions telles que la nôtre ayant déjà une filière de recyclage. Le SNEP, qui comprend la quasi-totalité des fabricants de profilés PVC, repose sur 190 points de collecte, quatre à cinq usines spécialisées dans le retraitement des plastiques et une dizaine qui retransforment. Nous nous sommes également mis en conformité avec le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) qui exige à présent d’intégrer de la matière recyclée à l’intérieur des profilés. La profession réutilise ainsi 8% de matières recyclées dans les menuiseries. La moyenne est de 10% chez Profine. Le SNEP a pris l’engagement de faire monter cette part à 25 % d’ici cinq ans. Par ailleurs, nous cotisons au sein de Vinylplus, initiative conjointe de la Commission européenne et du Comité économique et social européen dont l’objectif est de collecter et recycler 800 000 tonnes de PVC par an d’ici 2020.

Les menuiseries seront écartées des filières REP

Quelle solution envisager alors pour les 40 à 50 000 tonnes annuels de déchets PVC de fenêtres et fermetures qui finissent dans les centres d’enfouissement  et les décharges sauvages ?

S’attaquer aux acteurs de terrain directement responsables de ces déchets : les artisans et les menuisiers. Ce sont eux qui ont la main mise dans le démontage d’une fenêtre et de son enfouissement. Il y a même un véritable business autour de l’enfouissement des fenêtres car cela ne coûte rien. Je suis partisan de l’application du principe pollueur-payeur mais il ne faut alors pas se tromper de cibles. Le Gouvernement se tourne vers les industriels car il considère les poseurs et installateurs comme des professions volatiles et peu solvables.

Le projet de loi vise pour le moment l’ensemble des produits du bâtiment mais pensez-vous que les spécificités des secteurs tels que la menuiserie seront donc pris en compte ?

En tant que président du SNEP, je participe aux débats dans l’élaboration de ce projet de loi. Le débat oppose ceux qui n’ont pas de structures organisées pour recycler, favorables à cette filière REP et les professions qui ont déjà financé/mis en place le recyclage et intégré des produits de déconstruction, eux, défavorables. Les discussions n’ont pas encore abouti, rien n’étant acté par écrit, mais nous avons de bonnes raisons de penser que les menuiseries seront écartées des filières REP.