Quand le bâtiment résiste

« Malgré les difficultés d’approvisionnement et de recrutement qui restent prégnantes, les remontées des artisans et entrepreneurs du secteur font état d’une activité toujours dynamique sur le début 2022. » C’est ainsi qu’Olivier Salleron, président de la Fédération Française du Bâtiment, a introduit sa traditionnelle conférence de presse sur l’actualité et la conjoncture du Bâtiment, précisant que les carnets de commandes se maintiennent à un niveau élevé de plus de sept mois à la fin mars.

Autre bonne nouvelle, bien que les entreprises aient commencé à rembourser les prêts garantis par l’état (PGE), le nombre de défaillances sur le premier tiers de l’année 2022, même s’il augmente, reste inférieur de 40 % à celui relevé sur les quatre premiers mois de 2019.

Enfin, l’emploi continue de progresser, avec plus de 8 000 postes sur le premier trimestre 2022. « Depuis le premier confinement du printemps 2020, le secteur n’a jamais cessé de créer de l’emploi et affiche 86 600 postes de plus, soit une hausse de près de 7 %, près de deux points de pourcentage de plus que l’ensemble de l’économie », a précisé Olivier Salleron. Des chiffres qui expliquent en partie les difficultés de recrutement, toujours fortes dans le bâtiment.

Solidarité de la filière, un indispensable

Tout n’est pas rose pour autant, avec une crise des matériaux qui s’inscrit dans la durée. En témoigne les chiffres donnés par l’Insee : entre novembre 2021, qui marque le début de la crise de l’énergie, et avril 2022, les prix ont augmenté de 27 % pour les aciers pour la construction et les demi-produits en aluminium, de 16 % pour les produits PVC, de 12 % pour les produits céramiques, de 10 % pour les demi-produits en cuivre des produits verriers ou plastiques, etc.

Ces hausses en cascade fragilisent inévitablement les entreprises de bâtiment et participent à la dégradation de la marge opérationnelle de la construction. « Ce constat confirme que la solidarité de filière appelée de nos vœux depuis deux ans doit impérativement devenir réalité, à la fois par de la tempérance sur les prix des matériaux et par l’insertion systématique de clauses de variations de prix », analysait le président de la FFB.

Les chiffres encourageants du non-résidentiel neuf

Concrètement, on constate pour le début de l’année une légère accélération de l’amélioration-entretien, qui représente près de 54 % du chiffre d’affaires du bâtiment, avec une progression de 1,4 % en volume par rapport au premier trimestre 2021. Si les perspectives sont encourageantes, puisque le reste de l’année devrait encore bénéficier de la dynamique de MaPrimeRénov’, qui atteste de 207 000 primes accordées sur les quatre premiers mois de 2022 (soit +19 % sur un an), Olivier Salleron rappelle que « la dégradation du marché des CEE et l’instabilité de l’aide brident l’activité ».

Le non résidentiel neuf fait lui aussi état de chiffres encourageants. En glissement annuel sur quatre mois à fin avril 2022, les surfaces commencées et autorisées progressent respectivement de 26 et 12 % – des résultats qui n’atteignent pas encore les niveaux d’avant-Covid.

Ombre au tableau, le logement neuf concentre toutes les inquiétudes, plusieurs acteurs, dont la FFB, ayant déjà signalé « sa très probable chute à l’horizon de la fin 2022 ». Une mauvaise nouvelle confirmée par les chiffres récents comme celui des permis de construire qui chute de 8 % en avril 2022 par rapport à avril 2021.

Des Assises du BTP très attendues

Mais rappelons que le bâtiment fait partie des secteurs qui tirent aujourd’hui l’économie du pays ainsi que les emplois et que tout n’est pas perdu ! « Dans un contexte de bouleversement économique mondial, il importe de protéger cet atout maitre, d’autant qu’on ne réussira pas l’indispensable transition écologique sans artisans et entreprises de bâtiment présents sur tout le territoire », rappelle Olivier Salleron. Ainsi la FFB estime que les Assises du BTP annoncées par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, permettront d’aborder les sujets de préoccupations du moment : solidarité de filière, indexation des prix des marchés, accompagnement de la trésorerie des entreprises, tempérance législative et règlementaire mais aussi transition écologique et digitale, avec ce qu’elle implique comme transformation du secteur en termes de marchés, d’emploi, de formation ou encore d’organisation de la filière à l’horizon 2050.

« Ces Assises constituent un chantier de début de quinquennat qui doit permettre de mieux répondre aux menaces immédiates qui pèsent sur le bâtiment, mais aussi, dans un monde qui connait de grands bouleversements, de préparer l’avenir du secteur au service de nos concitoyens et de notre économie », conclut le président.