Les PAP permettraient de gagner entre 10 et 15 % de CA grâce aux économies d'énergie. © Geze
Les PAP permettraient de gagner entre 10 et 15 % de CA grâce aux économies d'énergie.
Accessibilité des personnes porteuses de handicap, économie d’énergie ou rempart contre la transmission des bactéries, les portes automatiques piétonnes semblent être la solution à de nombreuses problématiques du quotidien. Elles sont notamment la réponse, pour les commerces et bâtiments tertiaires, au décret d’obligation de fermeture des ouvrants.

Portes automatiques piétonnes : outils de sobriété énergétique

Elles sont de plus en plus visibles dans le paysage urbain. Les portes automatiques piétonnes (PAP), qui s’ouvrent et se ferment en fonction du passage des gens, ne sont plus cantonnées aux grandes surfaces. Elles sont désormais quasiment incontournables aux entrées des pharmacies, des grandes surfaces et des infrastructures de transport (gare et aéroport) mais fleurissent aussi dans les commerces de proximité, les bâtiments administratifs ou l’hôtellerie. Sans compter le secteur privé, qui voit les entreprises s’équiper à leur tour. Selon une étude sortie en mars dernier à l’initiative du Groupement Actibaie, le marché des portes automatiques piétonnes a augmenté de 11 % entre 2021 et 2022, pour un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros (81 % pour les portes coulissantes, 19 % pour les battantes et 0,3 % pour les tournantes).

Le tremplin de la loi Accessibilité

La hausse de ces dernières années est avant tout à attribuer à la réglementation sur l’accessibilité des bâtiments. Depuis la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, « les établissements recevant du public doivent être accessibles à tous les types de handicap. Ils doivent permettre à tout le monde, sans distinction, de pouvoir y accéder, y circuler et recevoir les informations diffusées », rappelle le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Or la porte automatique piétonne répond parfaitement à cette problématique, sans poignée ou sans vantail à tirer ou pousser. Tous les modèles (coulissantes, battantes, tournantes) peuvent être installés tant que la latéralité du produit confère une large ouverture, et ce notamment pour les personnes à mobilité réduite et les mal et non-voyants. Claire Mouchel, responsable marketing chez Geze, constate que la loi accessibilité a permis d’améliorer le confort quotidien. « Au-delà des avantages évidents et indispensables pour les personnes porteuses de handicap, les portes automatiques piétonnes facilitent l’accès dès lors que l’on a une poussette, des courses ou quelque encombrement que ce soit. »

Obligation de fermeture des ouvrants

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© Portalp
Le décret d'obligation de fermeture des ouvrants s'adressent notamment aux commerces, largement concernés par la problématique de l'ouverture régulière des portes.

À la loi sur l’accessibilité s’ajoute désormais pour les propriétaires et exploitants de locaux accueillant une activité tertiaire, que celles-ci soient marchandes ou non, le décret relatif à l’obligation de fermeture des ouvrants des bâtiments ou parties des bâtiments à usage tertiaire, chauffés ou refroidis, paru le 5 octobre 2022. Ainsi, il est désormais obligatoire, sous peine de sanction, de fermer les ouvrants (portes et fenêtres) « des locaux chauffés ou refroidis donnant sur l’extérieur ou des locaux non chauffés ou refroidis ».

Applicable en période de fonctionnement des équipements de chauffage et de refroidissement, cette disposition prévoit une exemption si l’ouverture est rendue nécessaire par les exigences sanitaires de renouvellement d’air intérieur des locaux. Le contrôle du respect des dispositions relève selon l’article de loi de la compétence du maire de la commune du lieu d’implantation du bâtiment, agissant en qualité d’agent de l’État. Si constatation est faite d’un quelconque manquement, l’édile doit alors adresser à l’exploitant du bâtiment une mise en demeure l’imposant de se conformer aux obligations demandées dans un délai de trois semaines. Si rien n’est fait au terme du délai de mise en conformité, le maire peut dresser une amande administrative d’un montant maximal de 750 euros.

L’obligation de la maintenance

Qui dit porte automatique dit contrat de maintenance. Une obligation imposée par deux textes de loi, l’article CO 48 de l’arrêté du 25 juin 1980 qui impose un contrat de maintenance et l’article 9 de l’arrêté du 21 décembre 1993 du Code du Travail qui précise que les portes ou portails automatiques ou semi-automatiques installés sur les lieux de travail doivent être entretenus et vérifiés périodiquement et à la suite de toute défaillance. La périodicité des visites est au minimum semestrielle et adaptée à la fréquence de l’utilisation et à la nature de la porte ou du portail. À vérifier notamment : les éléments de guidage (rails, galets…) ; les articulations (charnières, pivots…) ; les fixations ; les systèmes d’équilibrage ; tous les équipements concourant à la sécurité de fonctionnement. Les interventions (visites périodiques, travaux divers, dépannages) doivent être consignées dans un livret d’entretien

Double, voire triple vitrage

Ce décret a vu le jour après l’été caniculaire de 2022. Plusieurs villes et régions avaient alors mis en place des arrêtés préfectoraux instaurant des amendes pour la non-fermeture des portes dans des locaux climatisés. Or, dans une surface climatisée ou chauffée, les portes ouvertes provoquent des déperditions thermiques et augmentent la consommation énergétique des locaux d’environ 20 %. La mesure en question visait surtout des magasins et surfaces tertiaires. C’était alors bien la première fois que de telles mesures voyaient le jour. La raison : la canicule était alors survenue en même temps que l’annonce d’une stratégie nationale de sobriété énergétique (due à l’époque par l’urgence climatique et la crise énergétique provoquée par la Russie à la suite de l’invasion de l’Ukraine en février 2022). L’essai a été transformé à l’automne suivant par la mise en place du décret. Il est alors devenu nécessaire de trouver des solutions pratiques permettant au public concerné de respecter le décret sans avoir à vérifier constamment que la porte reste bien fermée, voire à la fermer eux-mêmes. Or la réponse existait déjà via les portes automatiques piétonnes. « Elles se referment dès que la personne est passée, il n’y a pas de perte énergétique », avance Sandrine Thevenoud, responsable commerciale France de Portalp.

Si la solution semble évidente, les acteurs de la porte automatique piétonne aiment à rappeler qu’au-delà de l’avantage ouveture/fermeture, le produit en lui-même est performant du point de vue énergétique, « plus que les portes manuelles traditionnelles, qui peuvent être mal isolées », précise Christelle Staal, responsable marketing opérationnel et commercial sédentaire de Faac. Concernant les portes automatiques piétonnes Frédéric Catherine, directeur technique et relation extérieure chez Dormakaba, rappelle que s’il y a 10 ans, elles étaient « toutes en simple vitrage, aujourd’hui, avec le réchauffement climatique et la RE 2020, une forte proportion est demandée, voire imposée, avec une conception double ou même triple vitrage, des verres basse émissivité et à remplissage à l’argon intégrés dans des profilés à ruptures de pont thermique afin de transmettre la lumière tout en limitant les échanges de températures intérieures et extérieures. Il est également possible d’adapter leurs vitesses d’ouverture et de fermeture en fonction du déplacement des personnes. Elles ne restent alors ouvertes que le temps précis de la présence de la personne, limitant ainsi les déperditions chaud/froid en fonction des saisons ». Entre autres bénéfices immédiats, tant pour les propriétaires de locaux commerciaux que pour la planète : la limitation de la consommation d’énergie (donc moins d’émissions de CO2) et la baisse significative de la facture de consommation d’énergie.

Une offre de location PAP

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© Faac
Certaines portes sont proposées avec des rideaux d’air, créant une barrière d’air qui assure l’isolation entre l’intérieur et l’extérieur.

Autres modèles : des portes coulissantes avec rideaux d’air, à l’image du Air Slide de Faac, qui crée une barrière d’air intégrée à la porte, assurant l’isolation entre l’intérieur et l’extérieur. « Dans un contexte de climatisation ou de chauffage, on peut économiser jusqu’à 50 % de déperdition d’air frais ou chaud vers l’extérieur », note Christelle Staal.

Face à la question financière – les portes automatiques piétonnes représentent un coût supplémentaire par rapport aux portes manuelles, tant à la fabrication qu’à la mise en œuvre, et notamment pour les petits commerces – certaines solutions voient le jour, à l’image de l’offre de location de Portalp. La formule de leasing de portes coulissantes, battantes, télescopiques ou encore coupe-feu permet aux clients de louer les équipements et de bénéficier d’un contrat de maintenance. L’offre, qui court de 24 à 60 mois, comprend la dépose de la porte d’origine, l’installation et la maintenance. Cette dernière comprend, outre les deux visites obligatoires par an (voir encadré), des dépannages sept jours sur sept. À la fin du contrat, il est possible soit de renouveler le contrat de location avec un équipement neuf, soit de conserver l’installation.

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© Faac
La transformation de la porte battante ne représente pas un investissement énorme comparé à la mise en œuvre d’une nouvelle porte coulissante, qui n’est d’ailleurs pas toujours envisageable.

La rénovation est aussi une solution plus économique – et plus écologique. Il existe aujourd’hui des solutions d’ouvre-portes automatiques qui permettent d’ouvrir et de fermer une porte battante déjà en place, même si, comme le précise Sandrine Thevenoud, « en France, nous sommes moins habitués à une porte automatique battante, et ce n’est pas toujours très facile d’utilisation. Il est alors nécessaire d’ajouter des pièces de sécurité particulière pour éviter que la porte ne risque de toucher les personnes lorsqu’elle s’ouvre. » La transformation de la porte battante ne représente pas un investissement important comparé à la mise en œuvre d’une nouvelle porte coulissante, qui n’est d’ailleurs pas toujours envisageable, comme le rappelle Claire Mouchel. « Les dimensions nécessaires pour l’unité de passage ou de dégagement peuvent ne pas être suffisantes. »

Toutes les portes existantes peuvent-elles être automatisées ? « Il restera toujours des contraintes techniques qui empêcheront de motoriser 100 % du marché, comme une hauteur de linteau trop basse. Mais cela reste majoritairement possible. Aujourd’hui, on peut travailler sur des portes allant jusqu’à 360 kg pour des portes battantes. Car les contraintes ne portent pas forcément sur la taille ou le poids de la porte, elles peuvent juste venir de la configuration existante de l’installation », détaille Christelle Staal.

Sensibiliser les acteurs de la distribution

« Ce décret est arrivé au bon moment. Est-il un facteur suffisant pour porter le marché des PAP ? Rien n’est moins sûr. Il faudrait avant tout que les commerces ou les ERP aient effectivement connaissance de l’obligation, de son intérêt, tant pour eux que pour la planète, et des risques éventuels de son non-respect. Mais il permet de souligner l’importance de ces enjeux et de rappeler le rôle que peuvent avoir ces solutions face à la question énergétique, primordiale aujourd’hui », note Claire Mouchel. Même son de cloche pour Christelle Staal : « Nous avons fait une campagne de communication conséquente à la sortie du décret pour expliquer en quoi les portes automatiques piétonnes étaient la solution. Mais il est encore trop tôt pour savoir si cela a eu un réel impact sur le marché. » Perifem, le syndicat de la petite, moyenne et grande distribution, œuvre de son côté pour informer et sensibiliser tous les acteurs de la distribution des bienfaits de cette réglementation.

Et pourtant, le résultat peut être édifiant. Frédéric Catherine raconte ainsi comment Armand Thierry, (petit-fils des fondateurs de la marque de prêt-à-porter), précurseur il y a plus de 10 ans, a indiqué lors d’une conférence gagner entre 10 et 15 % de chiffre d’affaires simplement en installant une porte automatique. Même constat pour les pharmacies, qui sont toutes aujourd’hui équipées de PAP. Un succès qui tire en partie son succès de la pandémie. « Dans un lieu où les malades se croisent plus que partout ailleurs, ces portes sont idéales pour éviter tout contact », conclut Sandrine Thevenoud